|
ÉVOLUTION
POLITIQUE ET SOCIALE DE LA RÉPUBLIQUE DU BÉNIN d) – Le Parti de la
Révolution populaire du Bénin Dès le coup d’Etat du 26 octobre 1972, un gouvernement constitué uniquement de jeunes officiers confia aux cadres de gauche (mouvements de jeunes et syndicats[20]) de faire un serment politique et d’élaborer un programme de gouvernement conforme aux aspirations des masses qu’ils sont sensés représenter au sein de leurs organisations respectives. « Les ligueurs »[21], jeunes cadres de gauche organisés en structure trotskiste et ayant infiltré la plupart des organisations invitées, mirent en minorité les autres tendances en faisant allégeance aux militaires et sollicitèrent de co-gouverner avec ces derniers. Ils proposèrent au Gouvernement militaire révolutionnaire un programme dit de politique nouvelle d’indépendance nationale. « Le discours programme de politique nouvelle d’indépendance nationale » dispose que « la caractéristique fondamentale et la source première de l’arriération de notre pays est la domination étrangère ». Il préconise un vaste mouvement révolutionnaire de libération nationale où il s’agira de « compter d’abord sur nos propres forces, sur nos propres ressources et sur l’initiative créatrice des larges masses laborieuses de nos villes et de nos campagnes. » Le gouvernement militaire s’approprie le programme, le présente et associe « les ligueurs » à la gestion du pays. Mouvement de jeunes, lui-même assez jeune (en 1972, il avait à peine cinq ans), la Ligue Nationale de la Jeunesse Patriotique bien que très structuré, avec un véritable programme politique, ne pouvait accéder aux commandes qu’en s’associant d’autres organisations de jeunes et syndicats. Elle ne réussira jamais à les évincer et sera contraint à la cohabitation jusqu’en 1989. Son programme politique a bénéficié d’une stabilité politique sans précédent, même si les contradictions internes au pouvoir lui ont accordé un premier ou un second rôles selon les périodes. Parallèlement, les anciens leaders emprisonnés, leurs lieutenants respectifs se sont ralliés, ou sont partis en exil. Les deux ou trois tentatives de putsch initiées par eux ont lamentablement échoué et, selon leur envergure, ont rapproché les citoyens du pouvoir, alors que celui-ci s’appuie sur ces événements pour s’endurcir. Les jeunes cadres écartés lors de l’élaboration du Discours programme sont entrés en opposition, par le biais d’un Parti Communiste Dahoméen. Opposition très active et parfois efficace, le pouvoir n’a réussi à garder le dessus que grâce à la solution provisoire aux problèmes économiques temporaires, donc grâce au soutien du peuple, mais aussi à une fuite en avant qui réside, en 1974, dans le choix de l’option marxiste-léniniste. En 1975,
le Dahomey devient Bénin. Le gouvernement s’ouvre aux cadres civils à
travers le Parti de la Révolution Populaire du Bénin qui apparaît comme
une parade au Parti communiste. Dans le même temps, le Parti Communiste
Dahoméen est demeuré clandestin, illégal. C’est qu’une disposition
d’Avril 1974 avait dissout les organisations et mouvements de jeunes
« dont la multiplicité et la divergence dans l’orientation
politique signifiaient dispensions des énergies et négation de la base
populaire qu’exigeait l’application du Discours programme de politique
nouvelle d’indépendance nationale »[22],
pour n’en garder que les trois affiliés au pouvoir. Le parti
unique s’installe. Si le peuple est resté indifférent devant ces abus,
c’est parce que parallèlement, la situation socio-économique n’a
jamais été aussi bonne depuis l’indépendance. La croissance,
l’emploi, la réduction de tous les déficits se conjuguaient avec un début
de justice sociale. Le taux de scolarité a été doublé : un peu
plus de 100 % en dix ans. La polygamie n’ayant pas augmenté,
l’augmentation du taux d’accroissement démographique ne peut être
expliquée que par la chute du taux de mortalité, du fait du renforcement
des structures sanitaires dont le nombre a également doublé. Pour autant, on ne peut pas affirmer radicalement que l’ensemble du peuple était entièrement acquis aux nouvelles donnes. Son implication était réduite aux élections locales qui, quoi qu’on veuille et quoi qu’on en pense, étaient des actes de démocratie directe. Mais les localités n’ayant que peu de pouvoir tout compte fait, on ironisait sur le « centralisme démocratique et la ligne de masse » : « au comité central, tout le monde n’est pas au centre » ! L’arbitraire inhérent au parti unique a commencé par ébranler l’apparence de justice sociale et les menaces de plus en plus directes du Parti Communiste Dahoméen dont l’activité établit une mobilisation de la jeunesse estudiantine et ouvrière de plus en plus grande, créent une situation de tension et de paranoïa générales d’autant plus sensibles que la conjoncture économique internationale n’a pas été anticipée par le pouvoir. Ainsi, à l’issue de dix-sept années de pouvoir, « les ligueurs » furent ébranlés sérieusement et le caractère concret des problèmes engendrés n’autorisa plus de fuite en avant. Le Général Kérékou, résolument anticommuniste, quoi qu’on dise, préféra les livrer provisoirement à « une conférence nationale des forces vives » où les communistes sont admis au même titre que l’ensemble des autres formations dont la plupart ont été constituées très rapidement, et un certain nombre infiltrées par « les ligueurs », en tout cas au moins par la frange pépinière[23], celle qui n’était pas encore directement associée au pouvoir. Au total,
cette période dite révolutionnaire a connu l’émergence d’une
politique de gauche avec un parti unique, le Parti de la Révolution
Populaire du Bénin, dont l’opposition clandestine, active et connue, était,
paradoxalement communiste. Grâce à la stabilité politique, à
l’engagement militaire, au soutien de la plupart des mouvements de
jeunes, ce gouvernement a réussi à résoudre les problèmes sociaux et
économiques fondamentaux, ce qui lui a permis d’avoir une adhésion
massive de la population. Concrètement,
on peut reconnaître, quoi que cela puisse nous coûter, que la notion de
nation, le sentiment d’appartenir à une même entité culturelle,
politique et géographique, d’avoir une destinée commune, cette notion
est née et s’est développée avec ce régime. Et compte tenu du choc
en retour observé dans la situation sociale et économique, on peut
affirmer que c’est finalement le seul acquis définitif de ce régime,
acquis sans lequel les élections qui suivirent sa chute ne se seraient
pas déroulées de manière aussi pacifique, aussi humaine. Paradoxalement, alors que le « Discours programme de politique nouvelle d’indépendance nationale » envisage d’abord l’édification, au sein des citoyens, de cet esprit nationaliste, à travers un « grand mouvement révolutionnaire de libération nationale », la lutte s’est vite focalisée sur des questions idéologiques relativement extérieures à la situation actuelle de la population. « Nul mouvement de libération ne saurait être efficace s’il n’est organisé comme l’exigent les conditions de l’époque actuelle, à savoir s’il n’est pas un front général de lutte dirigé contre l’impérialisme et où le prolétariat constitué en un parti marxiste-léniniste indépendant exerce l’hégémonie »[24] croyait-on fermement. Cette vision était partagée aussi bien par ceux qui deviendront rapidement proches du pouvoir que ceux qui, déçus par les conditions d’élaboration du Discours programme vont se replier sur eux-mêmes et constituer le Parti Communiste dahoméen, seul groupe ouvertement opposé au nouveau gouvernement. En driblant les communistes
par l’organisation d’une Conférence nationale, la première du genre
en Afrique, le Général Kérékou a tenu à assurer cette même stabilité
politique, malgré la grande crise qui a dû secouer le pays en 1989-1990
non seulement en raison de la conjoncture économique internationale, mais
également du fait de la mauvaise gestion, des carences administratives,
des abus et de l’arrogance montante due à l’usure du groupe au
pouvoir. Le parti unique fut renversé et une période transitoire a
permis de relancer une vie partisane dite du renouveau démocratique qui
aboutit à la situation actuelle. ____________________ [20]
Voir la liste et le serment dans Kpanlingan, Organe du Cercle « Culture
et progrès », N° 18, Novembre 1972. [21]
Cf. « Manifeste de la LNJP (Février 1968) », In Jeunesse
Patriotique, N°5, Décembre 1972 [22]
La Rédaction, « Conscience, un pas dans le sens de l’histoire »,
in Conscience, N° 1, 1980, p. 13 [23]
Les « ligueurs »,
bien qu’étant au pouvoir, préparaient déjà une relève en
investissant les milieux estudiantins, comme l’Ensemble Artistique
et Culturel des Etudiants, les coopératives scolaires… Sèhouéto
Lazare, Eric Houndété et autres faisaient partie de cette relève.
Cf. L’éditorial de Camille Amouro, La Lettre des Diasporas,
bulletin électronique, janvier 2003. [24]
Majemont Diop, cité par Le comité Central, Handoria, P. 11
|
|
Radio l Nouveau l Opportunités l Annuaire l Afrique l Jeux l Cuisine l Chatroom l Les fabriques l Pages perso l Réplique africaine l La chronique de Huenumadji Afan l Au fil du temps Copyright © 2005 CASA
Concept Tous droits réservés.
|