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ÉVOLUTION
POLITIQUE ET SOCIALE DE LA RÉPUBLIQUE DU BÉNIN 2 -
Evolution de la situation politique a) - Période Précoloniale L'époque précoloniale du Bénin est assez mal connue. On sait seulement que le Sud du pays a été la plaque tournante de la traite négrière et du commerce triangulaire[3]. On sait enfin que les caravansérails du Nord sont devenus le lieu de refuge d’une grande partie de la population du Sud de l’empire Sonrhaï, lors du déclin de ce dernier : le dendi[4]. Malheureusement, alors que la partie Sud s’est montrée incapable d’exploiter rationnellement les bénéfices économiques que lui a procuré l’odieux commerce des esclaves, en l’investissant par exemple, judicieusement dans l’agriculture, le Nord n’a pas exploité à son comble les savoirs faire issus des migrations massives successives pour développer un élevage et un artisanat de masse, enrichis par le brassage et le métissage. Toute cette période stigmatisée par l’irresponsabilité historique de chefs de bandes rendus héroïques par la recherche de mythes positifs, actuellement adulée, n’a pas insufflé réellement la marque d’un développement judicieux. Quelles qu’en soient les causes, elle a permis la rupture dans la marche de l’histoire en cultivant la déshumanisation du peuple réduit alors en deux catégories : les chasseurs d’esclaves et les esclaves. Or, en quête d’identité, et sans doute marqués à jamais par ce positionnement systématique vis-à-vis de ceux qui pouvaient s’offrir le luxe de payer des Dahoméens pour capturer d’autres Dahoméens à vendre, les analystes et autres politiciens éprouvent une certaine gêne à exprimer une fois pour toutes, ce que tout le monde constate en toute évidence, à savoir que la période précoloniale béninoise n’a pas pu disposer de structures politiques d’envergure, aussi organisées que nous tentons par orgueil de le faire admettre en nous surprenant nous même de commencer à y croire, à force. Elle a tout au plus enregistré des intrigues d’autocrates égoïstes dont la vision, la prospective, l’ambition nationaliste n’ont pas pu être les plus grands traits de caractères. Reconnaître cette réalité, ce n’est pas renier son passé, c’est commencer à l’assumer en toute responsabilité et en toute connaissance de cause vigilante. En réalité, il ne s’agit pas d’étudier l’histoire des autres et de rechercher des correspondances locales. Il s’agit d’affronter la réalité, de manière pragmatique, pour en tirer des leçons capables de faire avancer. A la limite, pourra-t-on, si l’opprobre nous aveugle à ce point, retrouver des parallèles dans d’autres histoires pour excuser ce qui pourrait paraître excusable. « Relire l’histoire à notre façon » ne veut pas dire de vilipender ceux qui ne sont plus là pour répondre de leurs actes. Il s’agit tout simplement de s’en tenir aux faits et de découvrir comment ces faits n’ont pas été productifs, comment ces faits ont fait régresser le Bénin, que nous l’admettions ou non, comment ces faits ont réduit radicalement toutes les velléités futures de développement et favorisé l’émergence du colonialisme, conséquence logique de l’indifférence de nos ancêtres lorsqu’il s’agit de prendre leur responsabilité. Car, si, en 1670 déjà, la France, prenant Allada pour ce qui allait recouvrir plus tard le territoire du Dahomey décide d’échanger un ambassadeur avec ce dernier, la France avait une vision prospective quoique globalement ethnocentriste des relations, alors que nos ancêtres, en l’absence d’Etat véritable, se sont laissés surpris par l’histoire[5]. Autrement dit, la politique au Bénin pendant la période précoloniale ne laisse en principe aucun motif de fierté. Segments de pouvoirs soumis à de bas appétits, elle n’a amorcé aucun développement du Bénin et, au contraire, a compromis pour un long moment le décollage économique tout en bloquant les perspectives de cohésion sociale. Le reconnaître sans volonté d’embrouiller les causes ni de broncher aux conséquences, c’est faire preuve de lucidité. L’héritage positif que nous tenons de ce passé reste culturel et dépend essentiellement de la réaction populaire face à cette radicale déshumanisation. Les peuples du Bénin n’ont pu résister, autant que le temps le leur permettait, à cette sauvagerie, que par la préservation de valeurs respectives. Ces valeurs ne doivent pas être rendues folkloriques sous prétexte de modernité. Une vision moderne suppose la compréhension de nos gestes issues desdites valeurs pour leur donner la force qu’elles méritent, dans un premier temps. Il s’agit de se convaincre de ce que si ces valeurs ont réussi à traverser toutes ces péripéties qui ne les y prédisposaient pas, c’est qu’elles ont force de modernité et peuvent ainsi servir d’appui à une démarche d’anticipation. Nous parlons de la culture populaire. Pas de la « béninoiserie » qui est une des conséquences de l’attitude politique précoloniale, au sein des gens de pouvoir. Cette culture préservait déjà certaines valeurs comme la famille, la solidarité, la fête, le travail, le respect de l’autre, le respect de la nature, le respect du bien public, le respect de l’autorité. Cela veut dire en gros que sans cette culture, ce qui a été vécu compromettait définitivement l’avenir des Béninoises et des Béninois. Il faut admettre que cette même culture porte des revers liées à ses conditions d’émergence, à commencer par la présence encore actuelle d’une haine ethnique au sein des populations les plus renfermées[6], haine justement exploitée par des politiciens inconséquents qui, malgré les indicateurs de l’actualité, pensent se servir de tels arguments pour soumettre le reste de la population. Au total, si le pouvoir précolonial est mort de sa belle mort, c’est qu’il ne correspondait plus aux exigences de la modernité. C’est que sa superstructure était devenue caduque au regard de la base de l’économie moderne. Et, comme conçu ainsi pour nous édifier définitivement, ce ne sont pas les masses béninoises qui se sont concertées ou se sont organisées pour provoquer la crise sociale qui devrait aboutir à la colonisation. Ce fut une progression normale du cours des choses, une avancée, tant du point de vue des bourreaux que de celui des victimes. La colonisation est en effet une avancée dans la vision du pouvoir. Aux multiples chefs de bandes de chasseurs d’esclaves sans foi ni loi, elle a fait succéder un pouvoir central fort, réel, palpable, directement serviable, avec l’aide de collabos qui se précipitèrent, génétiquement nantis des qualités requises pour trahir et vendre leurs prochains, pour occuper les premiers rôles dans ce qui allait être stigmatisé plus tard par Aimé Césaire[7] comme une chosification, avec la réserve que l’auteur du Discours sur le colonialisme n’a pas évoqué la part active de certains colonisés dans ce processus. _____________________ [3]
Camille Amouro, Piste pour le Bénin, Africultures N°31, Paris L’Harmattan [4]
Nassirou Bako, cité par Zakari Dramani-Issifou, [5]
Cf. Daho-Express, N° spécial Août 1969. [6]
Camille Amouro, Sylvain Anignikin, Humour et Développement,
Bruxelles, Interface, 1997. [7]
Aimé Césaire, Le Discours sur le Colonialisme, Paris, Présence
Africaine, 1956. |
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