Les débuts

 

L’Office Béninois du Cinéma : État des lieux et héritage  

 

La prise en charge du secteur cinématographique reste une démarche salutaire. En effet, le cinéma est un art qui englobe toute une vie humaine. C’est toute une culture qui se manifeste à l’intérieur. Chaque fois que l’on « fait de l’art », on défend une civilisation… Le défenseur principal qui doit protéger en premier lieu la civilisation de sa Nation est bien sûr l’Etat. C’est pourquoi, il existe pour protéger non seulement les individus physiquement, mais leur personnalité, leurs espoirs.

Selon le cinéaste camerounais Dikongué Pipa : « Il est plus simple pour les gouvernements africains de faire entrer des films et de les exploiter pour percevoir des impôts. Ils se disent : C’est de l’argent gratuit qui entre dans nos caisses par le canal de la Comacico ou de la Secma. Produire par soi-même et pour soi-même n’est pas concevable… Les Gouvernements africains et hommes politiques africains ne savent pas que l'"institution ciné" n’est pas seulement l’industrie du cinéma (qui fonctionne pour remplir les salles et non pour les vider), mais que c’est aussi la machinerie mentale –autre industrie- que les  spectateurs « habitués au cinéma » ont historiquement intériorisé et qui les rend aptes à consommer les films d’une part, et la seconde machine, c’est-à-dire le réglage social de la métapsychologie spectatorielle, qui a pour fonction aussi de nouer si possible avec les films de bonnes relations d’objets ; on va au cinéma parce qu’on en a envie, non parce qu’on y répugne, et on y va dans l’espoir que le film plaira, non qu’il déplaira d’autre part. Dans un système social de cette nature où le spectateur n’est pas contraint physiquement d’aller au cinéma, mais où il importe néanmoins qu’il y aille afin que l’argent donné à l’entrée permette de tourner d’autres films et assure ainsi l’auto production de l’institution, et c’est le caractère propre de toute institution véritable que de prendre elle-même en charge les mécanismes de sa perpétuation ».

 

    En vérité, il n’y a pas d’autre solution que de mettre en place des dispositifs ayant pour but et pour effet de donner au spectateur le désir « spontané » de fréquenter les salles et d’en payer l’accès. Dans le N°27 d’Octobre 1980 de la revue algérienne « Les 2 Ecrans » le cinéaste mauritanien, Med Hondo explique comment l’absence d’une politique cinématographique conséquente en Afrique, permet la floraison des productions étrangères : « Des milliers de dollars sont chaque année « récoltés » en Afrique et dans le Tiers-monde puis rapatriés par leurs propriétaires (des pays d’origine) pour servir à fabriquer d’autres films qui nous sont à nouveau expédiés, puis déversés sur nos écrans. 50% des bénéfices acquis par les sociétés multinationales, proviennent des écrans du Tiers-monde ».

 

   Concrètement cela veut dire que le Bénin participe financièrement et pour une part non négligeable à la production de films diffusés à Paris, New York, Londres, Rome, Hong Kong, sans récolter le moindre bénéfice financier ou moral puisqu’il n’en est ni le producteur, ni le distributeur légal… mais paradoxalement, il en est concrètement le coproducteur peut-on dire forcé. Combien savent-ils parmi nos hommes politiques et autres gouvernants béninois ou africains que ces multinationales protègent systématiquement leur propre marché ainsi que d’autres marchés qu’elles contrôlent par des lois et réglementations multiples contre l’invasion de tout intrus ? Les Etats-Unis (exemple de libéralisme intégral au monde), accepte moins de 13% de films dits étrangers sur leurs Ecrans par an. Or, à voir de près, on s’aperçoit très vite que ce pourcentage est pratiquement réservé aux sociétés productrices euro-américaines, initialement financées et contrôlées par des majors.

    Ainsi on pourra bien conclure que si un film américain, français, italien, fait une recette de 100F, le Gouvernement béninois perçoit 35%, mais il n’a pas pris que 35% de l’argent du spectateur béninois. Les 65% qui restent et qui sont rapatriés à l’Étranger, c’est de l’argent béninois qui part…

 

   Le Gouvernement Militaire Révolutionnaire d’alors avait-il compris tous les enjeux et contours de la question cinématographique ? Sinon comment comprendre que l’Office Béninois du Cinéma devait payer 45% de taxes et impôts à l’État ? Cette situation qui a duré longtemps a amené en 1979 les Responsables de l’OBECI à saisir le Gouvernement en l’invitant à prendre ses responsabilités en instituant une taxe incitative pour permettre l’avènement d’une véritable politique cinématographique nationale reflétant les engagements cardinaux contenus dans le Discours – Programme du 30 Novembre 1972, à savoir promouvoir la culture nationale à travers tous les différents maillons de l’industrie cinématographique.

 

   En dépit de toutes les difficultés rencontrées, on peut être fier de l’héritage laissé par l’Obeci en quatorze ans d’existence :

 

-        Construction de nouvelles salles : 5 salles modernes dont 3 dans le Nord Bénin ;

-        Politique incitative des privés à investir dans la construction et l’exploitation des salles Iré Akari à Porto-Novo, Okpè Oluwa à Cotonou, le Cyrano à Abomey.

-        Dynamisation du Cinéma Itinérant dans les zones reculées ou rurales (Kandi, Malanville, Bohicon, Allada, Lokossa, Comè, Djougou, Ouidah)

-        Une dynamique audace de coproduction mettant en complicité la Direction de l’Information et de la Propagande et l’Office de Radio et Télévision du Bénin. Cette dynamique initiative a permis de coproduire le 2ème et le 3ème longs métrages béninois : « Le Nouveau Venu » de Richard de Médeiros et « Ironu » de François Okioh. L’Obeci a coproduit une quinzaine de films documentaires.

-        A travers l’Obeci, le Bénin a rayonné dans des Institutions interafricaines notamment le Consortium Africain de Distribution Cinématographique et le Centre Interafricain de production de films.

-        A travers des festivals, l’Obeci a toujours marqué sa présence et participé à différents colloques d’intérêts culturels avec beaucoup de compétence.

 

    Depuis que le Renouveau Démocratique, les Institutions de Bretton Wood ont repris en otage les différents Etats africains. L’Obeci a été liquidé, ouvrant la voie à l’incertitude et à la désolation dans le secteur déjà pas « chanceux ».

 

LE CINÉMA SOUS LE RENOUVEAU DÉMOCRATIQUE

 

François Sourou Okioh

Cinéaste Indépendant.

 

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Révision : 15 février 2007 .