Selon
le cinéaste camerounais Dikongué Pipa : « Il est plus simple pour
les gouvernements africains de faire entrer des films et de les exploiter pour
percevoir des impôts. Ils se disent : C’est de l’argent gratuit qui
entre dans nos caisses par le canal de la Comacico ou de la Secma. Produire par
soi-même et pour soi-même n’est pas concevable… Les Gouvernements
africains et hommes politiques africains ne savent pas que l'"institution
ciné" n’est pas seulement l’industrie du cinéma (qui fonctionne
pour remplir les salles et non pour les vider), mais que c’est aussi la machinerie mentale –autre industrie- que les
spectateurs « habitués au
cinéma » ont historiquement intériorisé et qui les rend aptes à
consommer les films d’une part, et la seconde machine, c’est-à-dire le réglage
social de la métapsychologie spectatorielle, qui a pour fonction aussi de nouer
si possible avec les films de bonnes relations d’objets ; on va au cinéma
parce qu’on en a envie, non parce qu’on y répugne, et on y va dans
l’espoir que le film plaira, non qu’il déplaira d’autre part. Dans un
système social de cette nature où le spectateur n’est pas contraint
physiquement d’aller au cinéma, mais où il importe néanmoins qu’il y
aille afin que l’argent donné à l’entrée permette de tourner d’autres
films et assure ainsi l’auto production de l’institution, et c’est le
caractère propre de toute institution véritable que de prendre elle-même en
charge les mécanismes de sa perpétuation ».
En vérité, il n’y a pas d’autre solution que de mettre en place des
dispositifs ayant pour but et pour effet de donner au spectateur le désir
« spontané » de fréquenter les salles et d’en payer l’accès.
Dans le N°27 d’Octobre 1980 de la revue algérienne « Les 2 Ecrans »
le cinéaste mauritanien, Med Hondo explique comment l’absence d’une
politique cinématographique conséquente en Afrique, permet la floraison des
productions étrangères : « Des milliers de dollars sont chaque année
« récoltés » en Afrique et dans le Tiers-monde puis rapatriés par
leurs propriétaires (des pays d’origine) pour servir à fabriquer d’autres
films qui nous sont à nouveau expédiés, puis déversés sur nos écrans. 50%
des bénéfices acquis par les sociétés multinationales, proviennent des écrans
du Tiers-monde ».
Concrètement cela veut dire que le Bénin participe financièrement et pour une
part non négligeable à la production de films diffusés à Paris, New York,
Londres, Rome, Hong Kong, sans récolter le moindre bénéfice financier ou
moral puisqu’il n’en est ni le producteur, ni le distributeur légal… mais
paradoxalement, il en est concrètement le coproducteur peut-on dire forcé.
Combien savent-ils parmi nos hommes politiques et autres gouvernants béninois
ou africains que ces multinationales protègent systématiquement leur propre
marché ainsi que d’autres marchés qu’elles contrôlent par des lois et réglementations
multiples contre l’invasion de tout intrus ? Les Etats-Unis (exemple de
libéralisme intégral au monde), accepte moins de 13% de films dits étrangers
sur leurs Ecrans par an. Or, à voir de près, on s’aperçoit très vite que
ce pourcentage est pratiquement réservé aux sociétés productrices euro-américaines,
initialement financées et contrôlées par des majors.
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Ainsi on pourra bien conclure que si un film américain, français, italien,
fait une recette de 100F, le Gouvernement béninois perçoit 35%, mais il n’a
pas pris que 35% de l’argent du spectateur béninois. Les 65% qui restent et
qui sont rapatriés à l’Étranger, c’est de l’argent béninois qui part…
Le Gouvernement Militaire Révolutionnaire d’alors avait-il compris tous les
enjeux et contours de la question cinématographique ? Sinon comment
comprendre que l’Office Béninois du Cinéma devait payer 45% de taxes et impôts
à l’État ? Cette situation qui a duré longtemps a amené en 1979 les
Responsables de l’OBECI à saisir le Gouvernement en l’invitant à prendre
ses responsabilités en instituant une taxe incitative pour permettre l’avènement
d’une véritable politique cinématographique nationale reflétant les
engagements cardinaux contenus dans le Discours – Programme du 30 Novembre
1972, à savoir promouvoir la culture nationale à travers tous les différents
maillons de l’industrie cinématographique.
En dépit de toutes les difficultés rencontrées, on peut être fier de l’héritage
laissé par l’Obeci en quatorze ans d’existence :
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Construction de nouvelles salles : 5 salles modernes dont 3 dans le
Nord Bénin ;
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Politique incitative des privés à investir dans la construction et
l’exploitation des salles Iré Akari à Porto-Novo, Okpè Oluwa à Cotonou, le
Cyrano à Abomey.
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Dynamisation du Cinéma Itinérant dans les zones reculées ou rurales (Kandi,
Malanville, Bohicon, Allada, Lokossa, Comè, Djougou, Ouidah)
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Une dynamique audace de coproduction mettant en complicité la Direction
de l’Information et de la Propagande et l’Office de Radio et Télévision du
Bénin. Cette dynamique initiative a permis de coproduire le 2ème et
le 3ème longs métrages béninois : « Le Nouveau Venu »
de Richard de Médeiros et « Ironu » de François Okioh. L’Obeci a
coproduit une quinzaine de films documentaires.
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A travers l’Obeci, le Bénin a rayonné dans des Institutions
interafricaines notamment le Consortium Africain de Distribution Cinématographique
et le Centre Interafricain de production de films.
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A travers des festivals, l’Obeci a toujours marqué sa présence et
participé à différents colloques d’intérêts culturels avec beaucoup de
compétence.
Depuis que le Renouveau Démocratique, les Institutions de Bretton Wood ont
repris en otage les différents Etats africains. L’Obeci a été liquidé,
ouvrant la voie à l’incertitude et à la désolation dans le secteur déjà
pas « chanceux ».
François
Sourou Okioh
Cinéaste
Indépendant.
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