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Viennent de paraître

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 « Jésus était entré dans le Temple et il enseignait, quand les grands prêtres et les anciens du peuple vinrent le trouver pour lui dire : ‘ Par quelle autorité fais-tu cela ? Et qui t’a donné cette autorité ? ’ Jésus leur répondit : ‘ Je vais vous poser, moi aussi, une simple question ; si vous m’y répondez, moi aussi je vous dirai par quelle autorité je fais cela. Le baptême de Jean, d’où venait-il ? ’ (...). Et ils firent à Jésus cette réponse : ‘Nous ne savons pas’. De son côté Jésus répliqua : ‘Moi non plus je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela ».

Cette anecdote de l’évangile selon Saint Mathieu, Chapitre 21, versets 23 à 27, a été évoquée, il y a une vingtaine d’années, par mon ami, Huenumadji Afan, en introduction à une réaction qu’il a publiée[1] sur une délation scientifiquement organisée contre un banquier. Ce dernier avait pris le risque d’initier une conférence où il voulait coûte que coûte démontrer que nos ancêtres étaient égyptiens.

« Atteinte à la pudeur l’effronterie de ce manieur de billets de banque, qui se pique de dossiers linguistiques ! Et, à l’inverse, imagine-t-on un diseur de contes se mêlant de questions économiques, financières et monétaires ? Pareil bouleversement d’un certain ordre des choses ne serait-il pas le moyen le plus sûr de conduire l’humanité à la perdition ? » ironisa-il[2], avant de déclarer : « la science, il faut la fonder sur des sentiments de celui qui l’exprime. Le siège de la science ne se trouve nulle part ; personne n’a le monopole de la science... Et c’est dire également que personne n’a le droit de définir pour personne le champ d’application de ses réflexions. L’on ne peut que déplorer et dénoncer cette tendance outrageuse et antiscientifique qui s’empare de tous les univers et qui consiste à édicter à la science une conduite à tenir, non pas méthodologique, mais sacramentelle et corporatiste. Car ici la conduite à tenir se fonde sur une logique d’ordination et débouche ainsi sur un certain nombre de préceptes aberrants : il n’y a de science que la science ordonnée ; toute science ordonnée est forcément science ; toute science non ordonnée n’est point science... Le vice de l’affaire, c’est que la science ne se donne plus pour objet la science mais plutôt l’ordination. Mais plus pernicieux, et certainement plus diabolique : pour sa propre survie et pour la sauvegarde de ses principes, la corporation s’organise en mafia et prend en chasse la science non ordonnée. Pontifes tutélaires partent alors en campagne, aidés en cela par des maîtres-cancres et autres assujettis, maîtres-assujettis, aux sécrétions suspectes. »

Mesdames, Messieurs,

Je ne suis pas venu ici parler de sciences. Si j’ai voulu introduire mon propos par cette démonstration du professeur Afan, c’est parce que Monsieur Libasse Samb est lui-même banquier et les banquiers s’affichent, de plus en plus dans tous les domaines, par ces temps.  On en connaissait linguiste, promoteur artistique, éditeur, président de la République ou candidats à magistrature suprême, pour ne citer que des exemples au Bénin, aujourd’hui. En voici un qui fait œuvre de poésie. Comme mon ami Igor Egounleti. Décidément, ces banquiers, on ne voit plus qu’eux ! Et le pire, c’est qu’ils ne sont même pas mauvais, pour la plupart. C’est qu’ils s’imposent dans le domaine extra-professionnel où ils s’expriment ! Et me voilà en train de rêver de devenir banquier. Je réduirais certainement mes problèmes financiers entre deux consultations et je m’imposerais dans ce domaine extra-professionnel. (sourire)

Avant d’accepter le privilège d’introduire cette séance de dédicace, je ne connaissais ni Monsieur Samb, ni son écriture. Mais j’ai dit oui, sans hésiter, moi qui suis intimidé par toutes ces cérémonies officielles, parce que j’ai un faible pour les hommes brillants. Et j’ai rencontré Monsieur Samb, un homme simple, humble, disponible. C’est un patron moderne et efficace qui a su s’entourer de compétences extraordinaires acquises à l’entreprise, dans une parfaite relation d’équipe où chacun reste à sa place dans la chaîne, pour le travail, mais en gardant à l’esprit que les autres sont des humains et que la cohérence de tout le travail collectif dépend également du bien-être moral et social de chacun des membres de l’équipe.

Encouragé par ses amis et ses proches collaborateurs, Monsieur Samb s’est laissé publier Promenades d’un regard aux Editions du Flamboyant. Aventure heureuse, extra professionnelle, mais dont les répercussions positives marqueront, à coup sûr, le milieu littéraire aussi bien qu’elle ouvre une porte de promotion publique pour FAGACE, la structure que dirige Monsieur Samb. Pour ma part, je sais maintenant que le Fonds Africain de Garantie et de Coopération Economique existe depuis trois décennies, qu’il compte neuf Etats membres, qu’il permet la réalisation de projet divers par des prises de participation, l’allongement de la durée de crédit, la bonification de taux d’intérêt et autres, et qu’il s’engage, dès cette année, dans le crédit à l’exportation et la facilité d’appui au commerce international, ainsi que des activités en faveur des institutions de micro finance.

Même si Monsieur Samb a passé vingt-quatre de ses cinquante-neuf ans au FAGACE, à Cotonou, qu’il y entreprend, en tant que directeur général expérimenté, la relation d’équipe que je viens d’évoquer, son activité ne se réduit pas à la banque et sa vie ne se limite pas à son équipe. Son père, sa mère et sa famille représentent beaucoup pour lui. Il sait les évoquer avec les mots qu’il faut, en permanence. Ses amis aussi. Et je sais qu’il ne connaît pas toutes les personnes qui pensent et disent du bien de lui, y compris dans le milieu des artistes, parmi les plus rigoureux.

J’ai lu la préface de Monsieur de Souza à Promenades d’un regard, après avoir bu les poèmes avec plaisir - sur certain plus que sur d'autres, cela va sans dire. Cette préface est concise et introduit de manière objective les soixante-deux poèmes du recueil. Je ne m’avancerai donc pas dans un rôle de critique, c’est-à-dire dans celui de médiateur du projet littéraire. Et, de toute façon, comme dit le proverbe, « on ne bêle pas quand la chèvre est là. » Je vais donc laisser Monsieur Libasse Samb présenter lui-même son recueil, évoquer les moments de sa vie qui l’ont poussé à cette conviction panafricaine, à cet engagement en faveur de la pensée et de la poésie. Poésie littéraire, mais également poésie de la vie. Je sais qu’il n’a pas dit son dernier mot et la jeunesse de son action littéraire correspond à celle de son esprit qu’avec votre permission je voudrais saluer.

Juste avant, je voudrais dire un petit mot à l’auteur. Monsieur Samb découvrira très vite que le petit monde littéraire du Bénin tout comme celui de la science, et j’emploie le mot petit à tous les sens, n’est pas qu’un continent de candeur, que c’est même, bien souvent, un marché de dupe et de délation, d’intimidation par le code, fait des mandarins autoproclamés que je retrouve souvent dans toute leur modestie quand à l’extérieur, l’honneur m’est accordé de discuter  avec des personnes qui ont quelque chose à dire, et à eux de nous écouter. Je voudrais donc prévenir Monsieur Samb de son courage de passer outre cette allégeance mesquine où les uns sont proclamés bons parce qu’ils appartiennent à un tel réseau et d’autres sont attaqués parce qu’ils n’ont pas versé la dot. Tout au long de l’histoire des hommes, écrit avec raison le professeur Afan, « des scénarios abominables ont pu être montés pour abattre les élans généreux, aux fins de protéger les intérêts d’une confrérie rétrograde, vicieuse et pernicieuse. » J’ai donc accepté d’être là pour ne pas continuer de cautionner passivement une entreprise de mystification collective, par mon silence. Mais je suis un mauvais acteur et la franchise me rattrape quoi que je fasse.


[1] Caïphe, le Sanhédrin et les autres, Propos Scientifiques.

[2] Monsieur DOHNANI G. A. Yawo, Contrôleur Interne à la BCEAO (Banque Centrale des Etats d’Afrique de    l’Ouest), Agence Nationale de Lomé, a parlé de « l’Ewe ou la langue des Pyramides d’Egypte », sujet qui avait fait l’objet d’un débat le 02 septembre 1987 à l’émission CANAL ‘C’ de la Télévision Togolaise.

 

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