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A propos de Senghor, le progrès démocratique en Afrique Par Issa Kpara, Ambassadeur du Bénin près la République fédérale d’Allemagne Je remercie la chaîne de télévision TV5 d’avoir retransmis en direct les obsèques nationales du président Léopold Sédar Senghor à Dakar, le 29 décembre 2001. Les témoignages rendus sur le plateau ont été d’une charge émotionnelle et d’une facture intellectuelle tout à la dimension de l’illustre poète et homme d’Etat. Ce fut le mérite de Philippe Dessaint et de ses invités, tels Philippe Gaillard, ancien chef du service de presse du président Senghor, Francis Kpatindé, rédacteur en chef de Jeune Afrique, Pierre Messmer, académicien, ex-Premier ministre français et ancien gouverneur de l’Afrique occidentale française, Henri Lopez, écrivain, ambassadeur du Congo à Paris, ancien sous-directeur général de l’Unesco. Ainsi, dans le sillage de Jeune Afrique, TV5 montre sa compétence à soutenir la liaison des Africains entre eux et au reste du monde, fonction qui lui est parfois contestée pour des raisons parfaitement intelligibles, mais qu’importe le bâton qui tue le serpent. Sur la longue et difficile route de l’intégration africaine, l’exemple de TV5 vaut raccourci, et cela est suffisant. En tous cas, l’unité du continent demeure notre pierre de Sisyphe et appellerait plus d’un attelage. Il reste qu’une émission du genre, si instruite soit-elle, peut laisser un goût d’inachevé, au prix d’affirmations par trop hâtives ou, au contraire, de trop pudiques omissions. Vous me permettrez donc d’en relever amicalement quelques-unes et d’apporter les précisions suivantes à tout ce qui a été si bien dit, à propos de l’héritage senghorien, sur l’avancée démocratique en Afrique. 1 – Sauf erreur, je ne crois pas avoir entendu le nom du Bénin lorsque le débat évoquait les exemples de réussite démocratique sur le continent. De fait, l’humeur extérieure tend à ranger au musée de l’histoire (déjà !) l’expérience démocratique de l’ex-Dahomey après l’avoir adulée durant la dernière décennie. Le propre du prototype est, en effet, de se faire oublier, mais la monographie garde en mémoire le spectaculaire passage de ce pays, en 1990, d’un mouvement pacifique, autonome et souverain, de la monocratie à la démocratie pluraliste, puis la pratique régulière de l’alternance par les urnes : en 1991 (défaite du président en exercice), 1996 (défaite du président en exercice) et 2001 (réélection du président en exercice). Par ailleurs, le Bénin est toujours, non exclusivement bien sûr, cité pour l’exemplarité du fonctionnement constitutionnel et républicain, l’introuvable liberté de la presse, la maturité et le dynamisme de la société civile, etc. 2 – S’agissant du statut des anciens chefs d’Etat en Afrique, les invités de Philippe Dessaint ont tous déclaré qu’il n’en existe pas en Afrique, exception faite, selon Henri Lopez, du Congo qui envisage de l’introduire dans sa Constitution. Or, il est de notoriété publique que depuis la Conférence nationale de février 1990, les anciens chefs d’Etat bénéficient, au Bénin, d’un statut tout à fait honorable et scrupuleusement observé. Outre les divers traitements matériels et pécuniaires dus à leur rang, ils jouissent de la parfaite considération du peuple et du président de la République qui les consultent chaque fois que de besoin. Ils conservent ces privilèges à vie. En cas de décès, ils reçoivent naturellement l’hommage d’obsèques nationales comme ce fut le cas, en mai 2000, pour le président Hubert Maga, inhumé dans une grandiose cérémonie officielle avec une importante représentation étrangère. Avant lui, ce furent Paul-Emile de Souza en 1999, Tairou Congacou en 1994 et Sourou Migan Apithy en 1989. Julius Nyerere de Tanzanie n’aura donc pas été le seul ancien chef d’Etat africain à être ainsi officiellement honoré. Peut-être en découvrirait-on d’autres, ailleurs … Francis Kpatindé, Béninois d’origine, hôte assidu et virtuose commentateur de l’actualité africaine et béninoise, n’ignore pas ces réalités. Les signaler dans un inventaire post-senghorien ne diminue en rien nos convictions universalistes ou panafricanistes. Ni Senghor, ni aucun autre Africain, n’en prendrait ombrage, bien au contraire. L’extension territoriale de la démocratie sur le continent nous rapproche davantage de l’exécutif africain rêvé par le visionnaire de la négritude. Enfin, serait-il anti-senghorien de montrer l’apport de son propre terroir à l’universel ? La crainte de paraître chauvin, qui semble avoir gagné notre ami Kpatindé sur ce plateau, se comprend mal au regard de la constance avec laquelle le président de son groupe de presse soigne dans ces mêmes colonnes – et il a raison – l’image de sa Tunisie natale, sans nul préjudice pour le crédit de Jeune Afrique ni pour notre fidélité à notre hebdomadaire. Il ne nous revient pas de jeter l’occlusion sur nos propres espoirs, la " mondialisation " s’en charge à merveille. L’afro-pessimisme a la peau dure, qui le sait mieux que Henri Lopez et Francis Kpatindé ? Cela dit, loin de vouloir bouder ou éclipser une prouesse, je demeure toute reconnaissance envers les éminents animateurs de la table ronde pour nous avoir livré ce vibrant essai sur Senghor. L’exercice tient de la gageure s’agissant de cette figure emblématique du dernier siècle du millénaire.
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