|
Radio
l Réplique
africaine l
Sommaire l
Recherche l
Contactez-nous l
Le Forum l Nouveau
l
Opportunités l
Initiatives artistiques l
Annuaire l Afrique
l
Villes culturelles
Entretien avec Ludovic Fadaïro La Récupération en art et la Biennale de Dakar A l'occasion de la sélection actuelle des artistes devant participer à l'édition 2002 de la biennale des arts plastiques de Dakar (Dak'art 2002), Pascal Zantou, rédacteur et chef d'édition au quotidien béninois Les Échos du Jour, a rencontré celui que tous les artistes béninois appellent avec affection "Doyen". Il lui a demandé, dans cet entretien que nous reproduisons intégralement si le plus prestigieux des événements d'art plastique en Afrique comblait les attentes.
Les Échos du jour : L'art africain devient de plus en plus de la récupération. Les dernières éditions du festival panafricain des arts plastiques de Dakar le prouvent éloquemment. Cela vous inquiète-t-il?
Ludovic Fadaïro : J'ai toujours été réticent à cette orientation de Dak'Art. Que les occidentaux nous laissent tranquilles. Si leurs parents avaient commencé par la récupération, il n'y aurait pas aujourd'hui l'histoire de l'art, les musées et toutes les institutions qui défendent l'art. Tout cela existe aujourd'hui parce que des artistes ont laissé des ouvres qui ont traversé des temps.
Les Échos du jour : Il me semble que l'art de la récupération n'est pas sorti du néant ?
Ludovic Fadaïro : Les occidentaux encouragent l'art de la récupération sous divers prétextes. L'art de la récupération a toujours existé. Mais, il s'était développé dans des conditions particulières au cours des années 40 et 50 ; des artistes prisonniers, sans moyen, se servaient des matériaux immédiats pour créer. Depuis toujours l'Afrique a fait des créations issues de la belle récupération. Les artistes ne manquaient de matériaux, mais ils étaient guidés par la recherche de symboliques, elles-mêmes liées à la philosophie et la mystique qui soutiennent la création. Ainsi, la statue de Ogou, qui se trouve actuellement au Musée de l'Homme à Paris, a été faite à partir de divers matériaux en fer récupérés, parce qu'il est le dieu qui gouverne tout ce qui est fer. On nous dit qu'on récupère par-ci- par-là pour créer parce qu'il manque de matériaux. Cela signifie en vérité que nous demeurons d'éternels pauvres. On dit de l'Afrique qu'elle est récupératrice. Cela signifie que nous ne créons rien, n'inventons rien et n'apportons rien. Ce qui se passe est un peu politique. Et nos jeunes créateurs se laissent aller dans la facilité la plus absolue. On leur fait croire qu'ils peuvent marcher le jour de leur naissance. Voici le slogan : " Aux âmes bien nées, les valeurs n'attendent pas le nombre des années ". Mais, faudrait-il encore savoir combien d'années l'âme a vécu pour avoir ces valeurs.
Les Échos du jour : Quel intérêt les occidentaux ont-ils à encourager l'art du rien en Afrique ?
Ludovic Fadaïro : Puisque déjà les artistes occidentaux ont traversé les temps, j'ai l'impression que ces faiseurs d'artistes font en sorte que l'art africain n'existe pas et que pendant les siècles à venir, on n'ait rien à montrer.
Les Échos du jour : Pourquoi les Africains se prêtent-ils à ce jeu ?
Ludovic Fadaïro : Les artistes de l'éphémère veulent juste vivre ; ils ne veulent pas exister. Il faut cependant dire qu'autant beaucoup de jeunes africains travaillent avec des matériaux locaux non étudiés, donc éphémères, autant d'autres apportent de solidité aux matériaux pour permettre aux œuvres de traverser des âges.
Les Échos du jour : Doit-on conclure que les artistes africains ratent leur mission ?
Ludovic Fadaïro : Il ne suffit pas de porter le nom d'artiste pour être artiste. Nous sommes des informateurs, des éducateurs. Mais, quand on n'est pas formé, on ne peut pas informer. On ne nous demande pas d'être des " beauxartiens ". Il y a de grands artistes qui n'ont pas fait les écoles de beaux-arts. Mais, quand on veut informer, il faut s'informer et utiliser les instruments compréhensibles. Il faut qu'on arrête de penser que nous sommes tous meilleurs ; qu'on accepte de se remettre en cause pour ne pas être dépassé par la mode. Quelqu'un disait que l'art peut se faire avec n'importe quoi, mais moi, j'ajoute pas n'importe comment. On peut travailler avec des objets récupérés, c'est même souhaitable, mais il faudrait se conformer à la philosophie qui sous-tend le choix ces matériaux récupérés de sorte qu'ils apportent de vie à la création. Il faut tenir un discours de la matière en harmonie avec les couleurs. La peinture, c'est l'unité dans la diversité et la diversité pour arriver à l'unité.
Les Échos du jour : L'art descend de plus en plus dans la rue, et des festivals et résidences d'artistes dans la rue se multiplient.
Ludovic Fadaïro : C'est la catastrophe. Beaucoup d'initiatives se prennent pour promouvoir l'art. Mais, nous voulons faire la promotion de quoi ? Est- ce notre promotion en mettant l'art au paravent ou bien soutenons-nous des idées que d'autres ont déjà expérimenté ? C'est vrai qu'il faut des initiatives pour promouvoir notre art. Mais, depuis quelques années, il n'y a pas de remise en cause. Il n'y a pas d'amélioration parce qu'on refuse aux jeunes d'avoir des références. On leur miroite simplement que le bonheur est au bout du pinceau. Les idées se multiplient, mais ne se concrétisent pas. Il ne faut pas faire pour faire.
Les Échos du jour : Le festival panafricain des arts plastiques de Dakar accorde une place de choix à l'art de la récupération et des installations. Dak'art se trompe-t-il de chemin ?
Ludovic Fadaïro : J'avais, en 1998, critiqué la biennale de Dakar en disant que nous allions à la dérive. Quand on l'observe entre 1998 et 2000, il n'y a que des installations et de la récupération. Il n'y a pas de consistance parce qu'on récupère et on délaie. C'est vrai que l'argent nous vient de l'occident qui dicte la manière dont il doit être géré. Les commissaires des expositions nous viennent de l'occident. N'y en a-t-il pas en Afrique ? C'est une biennale qui est en train de diriger l'art africain vers la volonté de l'occident de voir cet art aller vers la mondialisation. J'ai beaucoup peur de ce mot de mondialisation. J'en ai tellement peur qu'il me révolte. Je veux rester avec les autres et non me fondre avec les autres. Qu'on nous accepte avec notre âme. Toute différence a de l'universel.
Les Échos du jour : Vous avez une démarche qui ne me semble pas accessible. Pensez-vous que vous êtes compris ?
Ludovic Fadaïro : Je ne cherche pas à être compris. Je cherche à être accepté. Il est difficile de comprendre quelqu'un qui se remet tous les jours en cause. C'est parce que je sais que je ne sais rien que tous les jours je cherche à savoir. Je suis un grand curieux. On ne peut rien sans la curiosité. Je suis passé par plusieurs écritures.
Copyright © 2005 CASA
Concept Tous droits réservés.
|
|
Radio l Nouveau l Opportunités l Annuaire l Afrique l Jeux l Cuisine l Chatroom l Les fabriques l Pages perso l Réplique africaine l La chronique de Huenumadji Afan l Au fil du temps Copyright © 2005 CASA
Concept Tous droits réservés.
|