Les débuts

AU TOTAL

Pour paraphraser notre doyen Tahar Cheria, Fondateur des Journées Cinématographiques de Carthage, on peut dire en parcourant les quarante cinq ans d’indépendance du Bénin, que dans toutes les cultures et civilisations connues au monde, la tête est la partie la plus noble parce qu’elle porte les cinq sens par lesquels le corps participe au reste du monde. En plus, elle est la résidence du cerveau ou de ce que l’imagination croit être tout : les sentiments, les émotions, l’intelligence, les réactions, les moyens. C’est donc une évidence que la tête est ce qu’il y a de plus noble.

 

En vérité le cinéma au Bénin existe par des têtes. Il n’y a pas encore ce qui constitue la totalité du corps vivant. Il n’y a pas de structure de fabrication, il n’y a pas de structures de circulation, de formation, de promotion et d’échange, bref aucune structure qui permette à ces têtes d’exister. C’est ce qui nous a fait écrire en 1978, la fameuse plaquette « Le Cinéma au Bénin… Connais pas ».

 

C’est quand même monstrueux de voir une tête intelligente, passionnante qui circule sans qu’on ne voit son corps ; cela apparaît comme un accident. En amont les structures industrielles et commerciales sont inexistantes en aval, les structures de distribution de circulation, de promotion non plus. Grand-père, ne cesse de nous rappeler que « l’homme doit mesurer sa hauteur et sa largeur, mais il doit aussi prendre la mesure de sa propre profondeur, de sa propre histoire… Ce n’est qu’alors qu’il sera grand et éloquent ».

 

Avec le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, des alternatives s’offrent au Bénin aujourd’hui : L’alternative vidéographique. Devons-nous aborder la question cinématographique béninoise sous l’angle de manque de moyens ? Ce sera un cercle vicieux sans fin. Ce cercle vicieux ne pourra être rompu réellement qu’à travers une volonté politique de faire des films pour le grand écran, ou tout au moins de vouloir récupérer le petit écran.

 

Produire des films en tant que production culturelle ne peut pas être une volonté d’ordre économique ; il doit être, à notre avis, considéré comme un outil indispensable. Le préalable : la volonté politique, la conscience politique que le cinéma ou la vidéo, entre autre mode d’expressions est un vecteur, une sorte de courroie de transmission au service du développement économique, social et industriel.

 

Alternatives vidéographiques avons-nous dit. Nous ne devons pas aller à la vidéo parce que c’est le système le moins cher. Nous devons aller à la vidéo prioritairement parce qu’elle est devenue le médium le plus pratique pour nous guérir de nos tares, médium qui nous permet de nous connaître, de nous évaluer pour mieux communiquer avec les autres. On disait dans ce pays : « Comptons d’abord sur nos propres forces… ». Nous dirions volontiers dans le cas d’espèce : appuyons-nous d’abord et avant tout sur notre identité et sur notre propre culture. Défendons-les d’abord et avant tout. Ainsi, nous aurons plus à offrir à nous-mêmes et aux autres.

 

L’historien Alain Decaux, alors Ministre chargé de la Francophonie déclare en Janvier 1989 à Franceville : « Le Président Mitterrand milite pour que les Européens, et d’abord les plus importants d’entre eux, les enfants, ne découvrent pas le monde seulement au travers d’images stéréotypées, venues d’ailleurs, la plupart du temps irréelles pour nous, mais si fortes que ces images l’emportent sur notre vérité quotidienne. »

 

Il faut désormais construire non des « monstres » circulant avec des têtes sans corps, mais des êtres complets, authentiques et dynamiques capables de façonner positivement le développement de notre pays. L’heure est venue après quarante cinq ans d’indépendance de libérer les énergies, de libérer les imaginations, de libérer les forces d’invention parce qu’aucun pays ne redémarre économiquement s’il ne redémarre pas intellectuellement.

François Sourou Okioh

Cinéaste Indépendant.


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