Le Sida en milieu scolaire

Entretien avec le Docteur Télesphore HOUANSOU

Responsable du volet VIH/SIDA du Projet Equipe

 

Au Bénin, le premier cas a été identifié en 1985. Mais dès 2001, 5765 cas cumulés de SIDA y ont été décelés, soit un taux de prévalence de 4,1%. Cette tendance exponentielle est inquiétante même si le taux de prévalence est sensiblement supérieur dans d’autres pays. Perçu de plus en plus comme un problème de développement, du fait de ses impacts démographique et socio-économique de plus en plus évidents, le Sida est devenu une préoccupation nationale. Ainsi, le MEPS qui s’est doté d’un assistant technique dans l’amélioration de la qualité de l’éducation, le Projet Equipe, a fait conduire un certain nombre d’études dont l’aboutissement est Le plan stratégique 2005-2009. Ce plan constitue désormais une boussole pour l’Unité focale de lutte contre le VIH/SIDA pour une gestion plus efficace et plus efficiente de l’impact des infections sexuellement transmissibles et du VIH/SIDA en milieu scolaire. A cette occasion, votre journal s’est rapproché de Télesphore Houansou , Médecin de santé publique, Responsable du volet “ Le VIH/SIDA et le secteur de l’éducation” au sein du projet Equipe afin de comprendre la portée et l’aboutissement de ce plan dans le milieu scolaire béninois.

 

Propos recueillis par Rock Akpoli

Quels sont les axes d’Assistance du Projet EQUIPE à l’Unité focale de lutte contre le SIDA du Ministère des Enseignements Primaire et Secondaire ?

 

Les axes d’intervention du Projet EQUIPE à l’UFLS/MEPS sont au nombre de 4 :

- L’établissement de l’UFLS ;

- La réalisation d’une étude intitulée « Etude de l’impact du VIH/SIDA sur l’Enseignement Primaire au Bénin » ;

- L’organisation des discussions sur les éléments de politique de VIH/SIDA du MEPS ;

- L’élaboration du plan stratégique et des plans de travail de l’UFLS.

 

Quelles ont été les interventions du Projet EQUIPE pour chacun de ces 4 axes ?

 

Pour le 1er axe, celui relatif à l’établissement de l’UFLS, nous avons fait le diagnostic institutionnel de l’UFLS à partir duquel sont ressorties les forces et les faiblesses de cette unité. Un atelier de restitution des résultats de ce diagnostic institutionnel aux membres et aux partenaires de l’UFLS nous a permis de dégager les actions prioritaires à mener pour permettre à l’UFLS d’accomplir la mission à elle assignée. Le projet EQUIPE à travers son volet VIH/SIDA et le secteur de l’éducation a continué d’appuyer l’UFLS dans la mise en œuvre de ces actions prioritaires.

 

Pour ce qui est du 2ème axe, la préoccupation est d’examiner à partir d’une étude (i) l’impact du VIH/SIDA sur l’offre, la demande et la qualité de l’éducation ; (ii) l’état des réglementations relatives aux violences sexuelles en milieu scolaire et (iii)  le Système d’information et de Gestion (SIG ) du MEPS.

Les résultats de cette étude donnent une idée des grands enjeux de la lutte contre le VIH/SIDA dans le secteur de l’éducation.

 

S’agissant du 3ème axe, il est question d’amener les membres de l’UFLS à comprendre que la lutte contre le VIH/SIDA dans un secteur aussi stratégique que celui du MEPS ne saurait se limiter aux seules séances de sensibilisation. Il faudra engager l’UFLS du MEPS dans une dynamique d’élaboration d’une véritable politique de lutte contre le VIH/SIDA inscrivant ainsi ses actions dans la durée. Pour ce faire, nous avons mené des discussions avec les acteurs et les usagers de l’école sur les éléments de politique de VIH/SIDA du MEPS. Ce qui a permis d’élargir le champ d’action de l’unité focale de lutte contre les IST/VIH/SIDA du Ministère des Enseignements Primaire et Secondaire.

 

Le quatrième et dernier axe sur lequel nous avons travaillé est l’élaboration du plan stratégique 2005-2009 et le plan de travail 2005 de l’UFLS.  Ces différents plans ont été validés en décembre 2004. Aujourd’hui l’UFLS du MEPS peut se targuer d’être la première UFLS de Ministère (en tout cas à notre connaissance) du pays à disposer d’un plan stratégique de lutte contre le VIH/SIDA.  

 

L’introduction de l’enseignement du VIH/SIDA dans les modules de formation initiale et en cours d’emploi des enseignants constitue également l’un des axes sur lesquels nous travaillons en vue d’obtenir le changement de comportement souhaité. Ceci implique un suivi rigoureux de l’exécution des programmes d’enseignement et de formation. L’évaluation ultérieure permettra de voir si les résultats escomptés, les objectifs fixés sont atteints et dans quelle proportion.

 

Quelles sont les innovations que tente d’apporter le Projet EQUIPE dans la lutte contre le VIH/SIDA en milieu scolaire au Bénin ?

 

En réponse à cette question, il me plaît d’évoquer les points ci-après :

 

- L’enseignement du VIH/SIDA dans les écoles primaires et les établissements d’enseignement secondaire qui doit insister sur l’abstinence sexuelle et doit aider les apprenants à comprendre que les relations sexuelles ne riment pas avec les études. En effet, les écoliers et les élèves doivent savoir que les conséquences des relations sexuelles précoces sont nombreuses et fâcheuses. Outre les maladies sexuellement transmissibles y compris le VIH/SIDA, ce sont aussi les grossesses non désirées.

 

Ce sont donc ces nouvelles orientations que nous essayons de faire percevoir à l’Unité focale de lutte contre le Sida du Ministère des Enseignements Primaire et Secondaire uniquement focalisée autrefois sur la sensibilisation..

 

Le rôle du Projet EQUIPE est un rôle de renforcement des capacités. L’Unité focale de lutte contre le Sida joue un rôle de coordination et de conception. Elle initie les grandes actions et les autres structures du Ministère des Enseignements Primaire et Secondaire s’occupent de la mise en œuvre selon des cahiers de charges clairement définis et dans la logique de la continuité de l’administration.

 

Quel est l’apport du Projet EQUIPE dans la lutte contre le VIH/SIDA en milieu scolaire ?

 

Beaucoup de personnes pensent que c’est seulement la sensibilisation qui est le seul moyen efficace pour lutter contre le VIH/SIDA et occultent beaucoup d’autres aspects. On peut recourir à plusieurs autres canaux et obtenir des résultats satisfaisants dans la lutte contre cette pandémie. Les enseignants et les manuels scolaires sont des domaines de prédilection de notre action pour lutter contre les ravages de ce fléau. Il s’agit de cerner le mal à la racine en luttant contre la discrimination et la stigmatisation. Avec le VIH/SIDA, le problème crucial de l’emploi et de la qualité de l’enseignement se pose encore avec acuité.

Les grandes orientations du plan stratégique 2005-2009

 

Vision : D’ici à l’an 2015, les acteurs du système éducatif béninois accèdent à une éducation leur permettant d’adopter un comportement responsable face à la pandémie du VIH/SIDA.

 

Mission de l’UFLS :

- Coordonner toutes les activités entrant dans le cadre de la lutte contre le VIH/SIDA et les IST en milieu scolaire et au sein des structures du MEPS ;

 

- Orienter les décideurs, les partenaires au développement et les opérateurs locaux sur les interventions en matière des IST/VIH/SIDA dans le secteur de l’éducation.

 

Objectifs

1- Faire des écoles/collèges et des structures du MEPS, des espaces dynamiques où l’ensemble des acteurs et usagers (élèves, enseignants, parents d’élèves, vendeuses des cantines scolaires et personnel administratif, infirmiers et autres agents de santé) disposent d’un cadre favorable d’échanges sur les questions relatives aux IST/VIH/SIDA.

 

2- Faciliter l’appropriation par les élèves des informations et des enseignements de qualité pour l’acquisition des aptitudes et attitudes qui protègent de la contamination des IST/VIH/SIDA et pour le respect des personnes infectées ou affectées.

 

3- Renforcer les capacités des enseignants dans le domaine des IST/VIH/SIDA pour faciliter la construction du savoir et du savoir-faire en matière de lutte contre les IST/VIH/SIDA à l’école et dans la communauté.

 

4- Rendre disponibles les données sur les IST/VIH/SIDA en milieu scolaire.

 

5- Mobiliser les ressources nécessaires à la mise en œuvre de la politique du MEPS dans le domaine des IST/VIH/SIDA.

 

6- Créer un cadre favorable de coordination, de concertation et d’échanges d’expériences avec les différents intervenants dans le domaine du SIDA en milieu scolaire et au sein des structures du MEPS pour maximiser les résultats et mieux gérer les ressources.

 

Stratégies

Informations ;

Sensibilisations ;

Formations ;

Plaidoyer ;

Suivi-Evaluation ;

Prise en charge.

 Aujourd’hui si un enseignant est malade, quels mécanismes avons-nous mis en place pour qu’il l’annonce à qui de droit ? Pour sa prise en charge ? Combien d’enseignants dans le système sont séropositifs ou malades de SIDA? C’est très important de connaître toutes ces données. Car, le VIH/SIDA risque de mettre à mal la qualité de l’enseignement dans notre pays, laquelle qualité est déjà éprouvée par la fermeture depuis plus d’une décennie des écoles normales des instituteurs. Imaginez que 5, 10, 15 ou 20% des rares enseignants qualifiés encore en fonction sont séropositifs ou malades de SIDA. C’est dire que le VIH/SIDA constitue une grosse menace pour la qualité de l’enseignement. Ceci d’autant plus que les enseignants contractuels qui sont recrutés pour remplacer progressivement les enseignants qualifiés sont de potentiels séropositifs voire malades de SIDA. Il faut donc mettre en place un système de gestion et d’information (SIG) pour que sur la base des informations collectées, le Ministère des Enseignements Primaire et Secondaire puisse pourvoir promptement aux postes vacants afin de garantir aux élèves un enseignement de qualité. Il s’agit là d’un défi dont le relèvement pose un problème de capacité économique et de choix des priorités pour mettre en place un contingent de réserves.

Dans ce contexte, est-ce qu’il faut exiger des jeunes enseignants des tests de

dépistage ?

 

Dans le domaine de la santé publique et même selon le BIT (Bureau International du Travail), la réponse est Non ! Mais la question n’est pas évacuée dans le domaine de l’éducation, du moins au Ministère des Enseignements Primaire et Secondaire. Le faire est une discrimination dans l’emploi. Un séropositif ne doit-il pas postuler pour un poste d’enseignement ? Seule la politique de VIH/SIDA du MEPS qui sera élaborée à partir des éléments de politique déjà disponibles pourra apporter des réponses claires et précises à cette question ainsi qu’à beaucoup d’autres du genre.

 

Suggérez-vous d’intégrer le VIH/SIDA dans les modules de formation ?

 

C’est chose faite, le VIH/SIDA est déjà intégré dans les modules de formation. Du CE1 au CM2, des aspects divers du SIDA sont abordés avec les enfants à travers les différents champs de formation. Au cours des enseignements ménagers, les tous petits enfants (de la maternelle, du CI et du CP) sont  sensibilisés sur le risque du SIDA qu’ils courent en utilisant à plusieurs les mêmes objets coupants ou piquants. Progressivement rentre dans leurs habitudes, la notion “chacun avec sa lame, chacun avec son aiguille, chacun avec sa paire de ciseaux etc ” C’est une bonne manière de lutter contre le SIDA pour les enfants de ce niveau. C’est en oubliant ces aspects que beaucoup de parents sont sceptiques ou même très réservés quant à l’enseignement du VIH/SIDA au cours primaire. Ils pensent qu’on ne saurait parler de VIH/SIDA en milieu scolaire sans parler du sexe ou de préservatif. Ce qui n’est pas toujours vrai ! L’enseignement du VIH/SIDA est et doit être intégré au programme d’étude mais cela doit être stratifié (contenu adapté au niveau de développement de l’enfant).

 

 

Battre la campagne pour chasser les mythes !

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