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CAÏPHE,
LE SANHÉDRIN ET LES AUTRES
« Les
Scribes et les Pharisiens occupent la chaire de Moïse » « Heureux
ceux qui sont persécutés pour la justice »
ATTEINTE
A LA PUDEUR
« Jésus était entré dans le Temple et il enseignait, quand les grands prêtres et les anciens du peuple vinrent le trouver pour lui dire : ‘ Par quelle autorité fais-tu cela ? Et qui t’a donné cette autorité ? ’ Jésus leur répondit : ‘ Je vais vous poser, moi aussi, une simple question ; si vous m’y répondez, moi aussi je vous dirai par quelle autorité je fais cela. Le baptême de Jean, d’où venait-il ? ’ (...). Et ils firent à Jésus cette réponse : ‘Nous ne savons pas’. De son côté Jésus répliqua : ‘Moi non plus je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela »(1).
Ce dialogue pathétique entre Jésus et les grands dépositaires de l’investiture, qui en ce temps-là, tentaient de l’intimider, est de pleine actualité. Si en effet la conférence donnée à l’Institut Goethe de Lomé le 04 janvier 1989 a pu faire « scandale », c’est essentiellement en raison du fait que le conférencier est indexé comme « non spécialiste »(2). Atteinte à la pudeur l’effronterie de ce manieur d’argent, de billets de banque, qui se pique de dossiers linguistiques ! Et, à l’inverse, imagine-t-on un diseur de contes se mêlant de questions économiques, financières et monétaires ? Pareil bouleversement d’un certain ordre des choses ne serait-il pas le moyen le plus sûr de conduire l’humanité à la perdition ?...
Loin de moi l’idée que l’intervention de Monsieur le Contrôleur Interne
ait été sans faille et sans tache : en fait, quelle idée de vouloir à
tout prix faire valoir que nos aïeux étaient égyptiens, et que notre langue
était pharaonique ! ? Il y a ici, sans doute, une question de
pertinence dans la mesure où les affirmations s’apparentent beaucoup plus à
des proclamations mystiques qu’à des démonstrations scientifiques, et
qu’on ne voit guère en quoi cela aide à résoudre les problèmes de
l’heure (3).
SANS
RESPECT HUMAIN...
Mais,
en réalité, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la prise de parole de
M. DOHNANI est a priori scientifiquement valide, par le fait qu’ayant des
choses à dire et envie de les dire, il les a dites, sans respect humain. Car,
la science, il faut la fonder sur des sentiments de celui qui l’exprime. Le siège
de la science ne se trouve nulle part ; personne n’a le monopole de la
science ; penser le contraire, c’est conspirer, consciemment ou
inconsciemment, la mise à mort de la science. Et c’est dire également que
personne n’a le droit de définir pour personne le champ d’application de
ses réflexions.
L’on ne peut que déplorer et dénoncer cette tendance outrageuse et
antiscientifique qui s’empare de tous les univers et qui consiste à édicter
à la science une conduite à tenir, non pas méthodologique, mais sacramentelle
et corporatiste. Car ici la conduite à tenir se fonde sur une logique
d’ordination et débouche ainsi sur un certain nombre de préceptes aberrants :
il n’y a de science que la science ordonnée ; toute science ordonnée
est forcément science ; toute science non ordonnée n’est point
science... Le vice de l’affaire, c’est que la science ne se donne plus pour
objet la science mais plutôt l’ordination (4).
LA CHASSE...
Mais plus pernicieux, et certainement plus diabolique : pour sa propre
survie et pour la sauvegarde de ses principes, la corporation s’organise en
mafia et prend en chasse la science non ordonnée. Pontifes tutélaires partent
alors en campagne, aidés en cela par des maîtres-cancres et autres assujettis,
maîtres-assujettis, aux sécrétions suspectes. De ce genre de croisade, un
exemple typique nous est récemment fourni à travers l’inculpation en France
de Rika Zaraï, le 9 janvier dernier. Rika Zaraï, chanteuse d’origine israélienne,
a été en effet inculpée de complicité d’exercice illégal de la pharmacie
par un juge d’instruction du tribunal correctionnel d’Angers. En y regardant
de près, on s’aperçoit que la chanteuse est victime d’une guerre économique
déclenchée par les pharmaciens. Rika Zaraï, qui a apparemment renoncé à la
chanson, s’est depuis quelque temps consacrée à des recherches sur les
plantes médicinales. Ses recherches ont débouché sur des découvertes fort
appréciables qu’elle a su mettre en application et en consommation avec la
collaboration d’une société commerciale.
Le succès de l’entreprise n’a pas manqué de provoquer des réactions.
Lesquelles sont devenues plus vives et plus diversifiées avec la publication,
par les Éditions Lattes, du livre Mes secrets naturels, où Rika Zaraï
fournit des indications plus osées. Tiré à quatre cent mille exemplaires, le
livre a recueilli, à l’évidence, les suffrages du public. Et c’est la
goutte d’eau qui va faire déborder le vase. Jusque-là elle s’était
contenté d’agir ; cette fois, elle a pris la parole et la plume pour
expliquer et justifier son action. Et cette fois les médecins viennent au
secours des pharmaciens pour exprimer leur consternation et leur indignation.
Ils affirment que le livre contient incontestablement des propos dangereux, extrêmement
préoccupant pour la santé publique, qu’il contient des contre-vérités. Et
ils regrettent amèrement de ne pouvoir prendre Rika Zaraï véritablement en
flagrant délit d’exercice illégal de la médecine, afin de lui régler
proprement ses comptes, car l’auteur, - heureusement pour elle !-
n’examine pas les malades et ne pose pas de diagnostic...
LES
RAISONS D’UNE AVERSION
Si en effet la hargne des corporations et des confréries est si vive, c’est
tout simplement parce que Rita Zaraï n’est pas dans l’Ordre :
-
il convient de remarquer que la compétence et l’efficacité de
l’auteur ne sont point en cause ; personne ne s’est par exemple plaint
d’avoir été victime des ‘secrets’ proposés par Zaraï (5). C’est
justement le fait qu’une personne puisse être compétente en dehors de l’Ordre
qui gêne l’Ordre. Se trouver en position de hors-jeu est inadmissible pour
l’Ordre ;
-
Mais Zaraï est prise en aversion surtout parce qu’elle ne s’inscrit
pas dans l’Ordre du discours (6).
L’on sait qu’aujourd’hui le cancer et le sida constituent un domaine protégé
que les ‘spécialistes’ de la médecine intronisée tentent de se réserver.
Dans ce secteur, s’organisent des tractations à la fois médicales et
mercantiles : tout brevet d’invention d’un produit efficace contre le
mal doit être avalisé ; pour faire monter les enchères et valoriser
d’autant les efforts mis à la découverte d’un éventuel vaccin, on fait
circuler les discours les plus alarmistes (7). Au moment où les instances
autorisées affirment, à propos du sida, que nous sommes en butte à une pandémie
qui va tuer des dizaines de milliers de personnes, il est évident que Zaraï
s’évertue à expliquer que cette maladie serait pratiquement inventée par
les médias et les autorités sanitaires, et
qu’elle vienne allègrement proclamer : ‘n’ayez plus peur d’être séropositifs ;
être séropositif du sida ne veut pas dire forcément qu’on héberge encore
le virus ni qu’on est un malade en puissance’.
Zaraï est bonne à être mise au poteau : en priorité au nom et au profit
de l’Ordre du discours...
A
SOUFFERT SOUS CAIPHE...
L'inculpation étant une condition suffisante pour déclencher un processus qui
pourrait aboutir à une condamnation effective, l’on perçoit bien, à travers
le cas Zaraï,, comment, tout au long de l’histoire des hommes, des scénarios
abominables ont pu être montés pour abattre les élans généreux, aux fins de
protéger les intérêts d’une confrérie rétrograde, vicieuse et
pernicieuse.
Ainsi,
lorsqu’il proclame, à propos de Jésus qu’il condamne solennellement,
qu’il faut qu’un seul meure pour que le peuple vive, Caïphe, grand prêtre
juif, ne fait que défendre les intérêts du Sanhédrin, grand tribunal juif,
dont il est le représentant patenté. Il apparaît donc que l’Histoire a été
injuste d’avoir fait de Ponce Pilate le seul malheureux immolateur du
malheureux Jésus, alors même qu’il a tenté de sauver l’innocent...
Au moment où des communautés s’apprêtent à célébrer , probablement avec
éclat, le Bicentenaire d’une Déclaration de Droits, l’on doit saisir
l’occasion pour s’interroger : par quelles astuces, à travers le temps
et l’espace, ces droits sont-ils devenus des droits institutionnels ou
d’institution ? Dans tous les cas, en dépit des malheurs, des obstacles,
des catastrophes naturelles ou artificielles, l’édification de nos sociétés
passera par l’affirmation légitime des initiatives individuelles et
personnelles (8). Que
tout ce qui est déclaré ‘ordure’ commence donc par se proclamer ‘or
dur’. Ce sera un pas sûr vers le triomphe de la vraie science.
Huenumadji
Afan A
suivre...
(1) La Bible, Matth. Chap. 21, 23-27 (2) Monsieur DOHNANI G. A. Yawo, Contrôleur Interne à la BCEAO (Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest), Agence Nationale de Lomé, a parlé de « l’Ewe ou la langue des Pyramides d’Egypte », sujet qui avait fait l’objet d’un débat le 02 septembre 1987 à l’émission CANAL ‘C’ de la Télévision Togolaise. (3) A quoi me sert-il de savoir que mes ancêtres furent glorieux, si aujourd’hui moi je croupis dans l’ignominie et la déchéance ? Mythe pour galvaniser des élans ? De toute façon, en misant ainsi sur l’édification de mythes, on n’est plus vraiment sur le terrain de la science. (4) C’est-à-dire le visa d’une corporation, au gré des intérêts et privilèges matériels ou moraux de cette dernière, au grand dam de la science ! (5) Encore que la mafia aurait pu organiser une mascarade de faux témoins à charge ! (6) Michel FOUCAULT, L’ordre du Discours, Gallimard, Paris, 1971. A chaque moment de l’histoire, circulent des discours conjoncturels que les gens reprennent mécaniquement en chœur pour être dans l’ambiance... (7) Et les plus idéologiques. A ce sujet, relire la Présentation aux Propos Scientifiques n°4, mars 1987. (8) Lire, dans les pages qui suivent, les articles d’ALI, APEDO-AMAH, DOGLO-AKAKPO, EFOUI, LAWSON-ANANISSOH. |
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