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La
référence aux cultures et aux valeurs des États africains est un leitmotiv du
discours politique dans le continent, que celui-ci se veuille engagé ou non.
Les échecs successifs des stratégies politiques et le gouffre économique du
continent renforcent le fatalisme et la résignation des Africains qui
s'estiment définitivement inaptes à la vie moderne, incapables de participer
à leur propre développement et irresponsables par rapport à leur propre
histoire. Au
moment même où elles revendiquent à cor et à cri une
autoréférencialité pour une appréciation plus judicieuse des
ressources et richesses naturelles du continent, les élites politiques et
intellectuelles sont motivées par un complexe d'extranéité et une
paresse par rapport à une approche perspective des stratégies de
développement. Le résultat est un patchwork triste de projets aussi
bidons qu'irresponsables et de séminaires initiés à la hâte dans le
but de résoudre, de manière provisoire, des problèmes de plus en plus
réels et de plus en plus nombreux. L'intérêt
accordé à la formation dans les structures internationales de financement, les
organismes de développement et les gouvernements africains, s'explique,
prioritairement, par une inadéquation notoire des solutions ponctuelles proposées
dans divers domaines à des problèmes plus généraux et plus définitifs. Or,
la crise générale n'exclut plus, n'a jamais exclu, le secteur de
l'enseignement et de la formation. Une unanimité se dégage aujourd'hui pour
reconnaître que le problème majeur de l'Afrique est celui de la formation. Non
pas qu'il n'y a pas suffisamment d'Africains formés aux tâches de développement
initiées sur le continent, comme n'arrivent pas à le comprendre certains
experts introvertis et absents des réalités statistiques, mais que, premièrement,
cette formation est peu adaptée aux besoins réels, eux mêmes généralement
mal appréciés en raison de l'orientation extravertie des matériaux et des méthodes
de la même formation ou des expertises conviées à les évaluer. Deux
exemples parmi des centaines élucident ce double constat. Premièrement,
les cadres africains formés dans n'importe quel domaine, quand ils se
retrouvent dans des structures non africaines n'ont rien à envier à leurs
confrères d'ailleurs. Même s'ils n'ont pas bénéficié des mêmes conditions
de cultures et d'adaptabilité depuis leur enfance, ils sont capables
d'efficacité et d'excellence dans leurs collèges divers. Les mêmes cadres,
dans leur propre pays, se sentent largués et leur efficacité consiste à
s'investir dans la politique politicienne ou à attendre des ordres rarement
conformes à leur savoir-faire. Certains
experts proposent comme solution à cette inadéquation entre la formation et
l'activité, la prise en charge des étudiants sur leur propre terrain. Ceci est
une façon assez légère de voir, comme l'a démontré par la suite toute
l'histoire de la formation professionnelle et des enseignements universitaires
en Afrique. L'orientation de la formation est, au moins, aussi importante que
son cadre. Deuxièmement,
les efforts des gouvernements africains en faveur de la formation
professionnelle aboutissent à du pipeau pour la simple raison que les
programmes sont une copie certifiée conforme des programmes initiés pour
d'autres formations professionnelles adaptées à d'autres besoins et à
d'autres réalités. L'exemple
le plus retentissant est celui des écoles de commerce où, au Bénin par
exemple, les anciens étudiants ne réussissent jamais une affaire, là où des
illettrés et des Libanais contrôlent l'intégralité du secteur et ne
recherchent pas particulièrement l'emploi de ces personnes formées pour.
L'autre exemple est celui des agriculteurs qui finissent dans les bureaux ou des
médecins qui sont obligés de s'exiler pour vivre conformément à leur statut
pendant que les gouvernements continuent d'engouffrer des sommes colossales pour
leur formation. La
situation politique et économique constitue le prétexte de tout ce gâchis où,
en dehors des matières premières végétales ou géologiques, l'Afrique
continue de livrer, mais ce coup-ci, à ses propres frais, des cerveaux à
l'Occident qui, lui, a aujourd'hui suffisamment de moyens pour former les cadres
de son propre développement. En
revanche, les domaines de formation délaissés par les gouvernements
continuent de s'organiser, de se moderniser et de fournir aux populations
d'Afrique, des savoir-faire et de la main d'œuvre adaptés aux besoins
quotidiens réels. L'artisanat arrive au premier rang de cette formation
en tant qu'il est rapidement utilitaire et le champ de son rayonnement
concerne tous les individus. Les
méthodes et orientations de cette formation-ci s'inspirent de l'éducation
traditionnelle. Elles visent des besoins concrets liés aussi bien à la
situation économique des consommateurs qu'à la possibilité pour le cadre ou
le technicien de trouver tous les matériaux nécessaires à son activité. Le
désintérêt des gouvernements à ces domaines de formation contribue à
regrouper dans le secteur informel l'activité la plus importante des États,
que ce soit en nombre de consommateurs ou en nombre de fournisseurs ou même en
taille économique locale. L'extraversion
des schémas de pensée liés à nos propres formations nous interdit de nous
inspirer de cette efficacité concrète et permanente pour l'orientation de nos
plus grandes ambitions. Au contraire, la démarche aujourd'hui est de
discipliner les activités efficaces en les détournant des moyens, matériaux
et méthodes de leur efficacité révélée. D'où l'échec de tous les
gouvernements à contrôler le secteur informel. La
situation africaine actuelle présente des indicateurs inquiétants dans tous
les domaines. En principe, elle n'autorise plus que le discours et seulement le
discours, soit la solution aux problèmes autrement plus critiques. Elle nécessite
certes un discours radicalement intelligent qui débouche sur l'action, laquelle
devient un discours-remède. Voilà
pourquoi, lors du premier forum africain sur l'intégration,
l'indépendance et l'autoréférencialité, tenu à La Médiathèque des
Diasporas en décembre 1994, l'idée d'une université des savoirs et
savoir-faire africains a été lancée et débattue par des
universitaires, des artistes, des écrivains, des hommes politiques et des
hommes d'affaires venus de pays aussi divers que le Bénin, le Togo, le
Niger, le Cameroun et le Canada. La réflexion autour de cette idée a dû
se poursuivre depuis lors, certains ayant suggéré de tenir compte du
déterminisme pédagogique dans lequel se trouvent fatalement les
institutions éducatives africaines. Aujourd'hui,
l'idée requiert une unanimité et il urge, au regard des discussions diverses
entretenues dans ce milieu devenu favorable universellement et impatient,
notamment dans d'autres forums successifs, mais aussi à l'extérieur, au regard
de la situation plus que calamiteuse de la formation, de la banalisation et de
la politisation des structures, de passer à l'action. Ainsi s’explique la création, au sein du Complexe Oduduwa à Dassa-Zoumé, de la résidence des Diasporas, suggérée par Camille Amouro et réalisée par l’Association Culture Communication et Développement (ACcD) dirigée par François Okioh.
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