De l’Assemblée Nationale

 

Premiers constats

 

« Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice »

            La Bible, Matth. Chap. 5, 10.

 

Si André Dassondo joue les John Brie à l’Assemblée nationale, depuis quelque temps, au mépris de la discipline du groupe et dans l’indifférence totale de ce que son propre capital de sympathie est au strict minimum tant au niveau du personnel de l’hémicycle que, plus généralement, dans la population, c’est que les conditions de travail qu’à force de tradition, les députés ont érigées au sein de ladite assemblée le permettent.

Cette tradition, c’est d’abord l’absence d’un débat politique, l’inexistence de projets de sociétés à partir desquels tel ou tel député est facilement identifiable. La conséquence, c’est qu’on peut passer d’un groupe parlementaire à un autre, d’un camp à l’autre, même d’un parti à un autre sans que cela ne paraisse une trahison qu’à partir de considérations jamais éthiques, politiques ou intellectuelles. Or, en principe, comme dirait Huénumadji Afan, si le militant s’est fait membre d’un parti, « c’est parce qu’il a considéré que, pour réaliser un certain programme bien défini, il peut s’entendre avec x et y à l’exclusion de z et de son programme politique. Or ce z, dont il connaît les tendances, et qu’il a pris la précaution d’éviter, voilà qu’un jour il apprend qu’il est uni à lui… » C’est dire la forfaiture, le mépris du militant, le mépris de la démocratie même, cultivés au sein de la représentation nationale, qui ont favorisé et justifient encore le grand recul où nous nous trouvons.

Ainsi, hissé à la vice-présidence de l’assemblée sans ancrage ni audience même régionale, Monsieur Dassondo peut tout se permettre. Espérer destituer le président et le remplacer par des alliances suspectes avec des individus dont le premier acte, en tant que représentants du peuple, aura été de signer une procuration tout en étant présents et sains ( ?). Prendre la parole simultanément avec le président au cours d’une séance dont les règles sont préalablement fixées par un règlement intérieur… Poser des actes sur la base de calculs politiciens d’une rare naïveté, en tant qu’ils dégénèrent à une autodestruction salutaire pour une minorité qui s’élargit en intégrant des frustrés de plus en plus nombreux.

Dans la logique du parlement béninois, celle de l’opportunisme individuel au détriment du mandat, celle des privilèges au détriment du développement, en effet, je ne vois pas comment la destitution du président qui a l’avantage, lui, d’être consensuel et reconnu pour sa loyauté, sa simplicité et sa disponibilité, pourrait maintenir dans le sérail aucun membre du noyau actuel des cauristes et autres antiquaires. A la limité, elle aboutirait à une pagaille institutionnelle où le chantage politique le disputerait à la sottise, l’opposition active, celle des Serpos Tidjani et des Rosine Soglo, ne pouvant pas, pour les mêmes raisons d’égoïsme, s’organiser encore pour exploiter la situation en sa faveur.

C’est dit. Une des failles du bureau actuel de l’Assemblée nationale, au-delà des contradictions internes motivées par la convoitise, est de ne pas casser la tradition d’absence de débat citoyen, de ne pas opérer la clarification en imposant au gouvernement la possibilité de présenter un projet de société clair, à l’exclusion de tous autres projets, c’est-à-dire par rapport auquel les députés devront se situer au regard de leur mandat, et qui dépasse les slogans aussi bâtards que non opérationnels de « lutte contre la pauvreté » et de « lutte contre la corruption ». Soyons sérieux. La première manière de lutter contre la pauvreté, c’est déjà de faire votre travail, mouvance comme opposition, pour lequel nous autres pauvres vous payons un salaire raisonnable. Et le pouvoir dispose d’instruments techniques précis pour déceler, en fonction de l’activité de chaque citoyen, qui gagne quoi et qui dépense quoi, en vue d’appliquer la loi. Or, les quelques rares fois où le débat a pris une envergure sérieuse au point de dégénérer à des suspensions, c’est lorsqu’il est question d’élection, chacun voulant garder sa place, chacun oeuvrant pour sa propre paroisse. Le peuple, lui, on verra pendant les campagnes.

Cette tendance outrageuse à mépriser le peuple et ses institutions s’observe, y compris dans la répartition du personnel et ce, depuis au moins deux législatures, au sein de l’Assemblée nationale. Ainsi, dans les bureaux de chaque membre du bureau, le personnel parlementaire est originaire du village du député élu. Le problème est qu’il arrive bien souvent que ce personnel soit totalement incompétent pour la mission qui lui est conférée pour une meilleure gestion administrative et une meilleure visibilité. L’autre problème est la grande frustration des autres membres du personnel qui partent alors en campagne contre ceux qu’ils considèrent comme des arracheurs de privilèges. Plus généralement, cette situation expose le caractère absolument artificielle de la nation que cette institution est sensée représentée au premier chef.

Ce que je suggère, c’est que le profil professionnel et moral du président actuel, pour qui je ne cache pas ma sympathie, le dispose à envisager très rapidement des réformes en profondeur dans le déploiement du personnel en balayant, y compris et tout d’abord, devant sa propre porte. Il devra également et au même moment initier des actions concrètes pour la mise en valeur de l’opinion minoritaire dont la participation au débat ne peut qu’enrichir l’action du gouvernement. Fort de ses actions, il pourra raisonnablement exiger du gouvernement une clarification au sein de sa majorité parlementaire, avec la conscience que le consensus n’est ni le silence ni la compromission et que les conditions subjectives qui ont drainé, aux premières heures, une catégorie de députés dans un certain camp, ces conditions sont aujourd’hui révolues. Si lui, Mathurin Nago, ne sait pas le faire, c’est que nous sommes embarqués pour longtemps encore dans la même galère.

 

Camille Amouro