Polémique sur la liberté d’expression
On ne se taira pas !
« Il y a un moment pour tout et un temps pour toute chose sous le ciel. […] un temps pour garder, et un temps pour jeter. […] un temps pour se taire, et un temps pour parler. » (Ecclésiaste, lll, 1, 6 et 7 ).
Me Lionel Agbo représente aujourd’hui un pouvoir que les méthodes et démarches engagent. Moi, je ne suis qu’un citoyen du Bénin qui demande que ma sécurité soit mieux assurée, que mes libertés soient sauvegardées, que soient garantis l’environnement, la santé, l’éducation, que mes sous soient mieux gérés et qu’on ne fasse pas croire aux autres citoyens que ce ne sont point nos sous. Pourtant, aussi curieux que cela paraisse, il y a un point sur lequel je reste d’accord avec la déclaration sujette à polémique du porte-parole du gouvernement. C’est que les médias ne doivent plus dire n’importe quoi n’importe comment de n’importe qui. Trouver à redire sur cette suggestion, peu importe la forme, c’est refuser de s’inscrire dans le débat de la vérité.
Les méthodes que reprouve le pouvoir aujourd’hui, il les a cautionnées par son silence, il les absoutes tant qu’elles servaient sa cause, il les a utilisées dans leurs plus subtils retranchements. S’il les blâme, c’est parce qu’il s’en réserve l’exclusivité. Et nous devons lui concéder cette exclusivité puisqu’elles ne nous servent pas dans la lutte pour la vérité. D’autant plus que ses faits et gestes offrent tellement de sujets de mobilisation qu’inventer du papotage et des ragots pour l’amener à la raison, pour que nous puissions mieux avancer ensemble, c’est faire preuve de cécité.
Mais notre concession se limite à lui accorder cette exclusivité de la manipulation. Je veux dire que les menaces, les chantages sur l’image du pays à l’extérieur ne peuvent pas nous faire taire pour la simple et unique raison qu’ils ne le doivent pas. Nous avons, comme je le suggérais, repris la parole. Et cette parole qui ne doit en aucun cas être ni délatrice, ni vulgaire, vise, non pas comme dans des cas désormais historiques, à détruire, mais à présenter, à représenter les choses dans leur juste mesure de raison.
Parce que ce pays n’appartient pas qu’aux marcheurs professionnels, aux flagorneurs invétérés, aux frotte-manches, aux lèche-cul et autres plats courtisans sans idéal ni respectabilité. Parce que les griots d’inspiration bâtarde et autres communicateurs sans scrupule, les branleurs n’ayant comme argument que le titre, les quémandeurs de missions, les fainéants reconvertis en militants, les bénis oui oui, tous ceux qui, comme nous l’avons déjà vu à plusieurs reprises dans l’histoire de ce pays, courberont l’échine et ramperont en attendant de sentir souffler le vent pour se positionner en héros bavards, tous ceux-là, minoritaires certes, mais combien mis en exergue ces temps-ci, ne font pas franchement la fierté de ce peuple et présentent justement, c’est à eux qu’il faut s’en prendre, une image piteuse et déshonorante de ses dirigeants.
Il s’agit donc de reconquérir la dignité. Evoquer les situations réelles, les analyser, les dénoncer lorsqu’elles portent préjudice, jusqu’à ce que tout le monde, à l’intérieur ou à l’extérieur, comprenne. La télévision nous menace constamment du préjudice que la critique du gouvernement peut porter au pays auprès de l’extérieur. Et quoi ? Que m’importe-t-il l’idée que l’extérieur se ferait de moi si à l’intérieur je ne me sens pas épanoui ?
Si le chef du gouvernement travaille, bravo ! Et on doit à la vérité de reconnaître qu’il bouge beaucoup. Il nous rappellerait presque le président Kérékou aux premières heures de la révolution. Le problème, c’est que le peuple ne l’a pas choisi pour ne pas travailler. Si bien que l’anomalie, ce serait qu’il ne travaille pas. L’autre problème, c’est que les médias nous donnent le sentiment qu’il est le seul à travailler, ce qui, en situation de raison, devrait faire craindre l’échec. On assiste ainsi à une dépigmentation des valeurs, à l’infortune de la logique.
Nous ne pouvons donc plus nous taire face aux alliances cocasses qui aboutissent à une déstructuration, voire à une destruction, du pluralisme, face à l’improvisation qui s’illustre entre autres par les corrections de budget, les revirements de décision, les changements de missions ministérielles…, face à la culture du recul entretenue dans les médias, à cette entreprise d’abrutissement de la population, cette prostitution de la parole, cette conspiration programmée contre la personne du président de la République que l’on transforme progressivement mais sûrement en « père de la nation », en « guide providentiel », pour mieux le muter en tyran à l’heure des comptes. Il y a là une confusion d’époque dont seuls les médias sont responsables, et une injustice vis-à-vis d’une personne qu’on devrait être fier d’aider à mieux nous représenter.
A suivre.
Camille Amouro