De la France Afrique

Sarkozy L’Africain

 « La malédiction la plus commune en cette matière est d’être la dupe de bonne foi d’une hypocrisie collective habile à mal poser les problèmes pour mieux légitimer les odieuses solution qu’on leur apporte. »

Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme.

     J’ai sous les yeux le Discours de Monsieur Nicolas Sarkozy, président de la République française, devant le parlement sud-africain le jeudi 28 février 2008. Et je suis appelé à dire ce que j’en pense. Je n’irai pas par quatre chemins. Il me plait, ce discours et, finalement, depuis qu’il est président, il me plait, cet homme, car il est véritablement un homme du changement.

Je ne veux pas évoquer ici le fait que, pour la première fois, dans l’histoire de la France, sa quotte de popularité soit plus basse que celle de son Premier ministre. Il y a sous nos yeux des individus qui auraient déjà trouvé du pétrole si nous avions eu la tradition des sondages. Je ne veux pas évoquer même les nombreuses contradictions et maladresses dans ses interventions publiques. Ses collaborateurs se donnent déjà pour responsabilité de les rectifier en expliquant qu’il faut comprendre autrement ce qu’il a déjà dit très clairement. Et puis, après tout, il y a sous nos yeux qui ne se contentent pas de se contredire dans la parole mais qui posent des actes et leur contraire au détriment de la quiétude du peuple.

Je veux parler de ce que l’avènement de Monsieur Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat français est un tournant dans la perception par les Africains des rapports humains et plus précisément de ceux entre la France et l’Afrique. En moins de deux années de règne, son action a permis à des régimes africains, légitimes ou peu, d’emprisonner des journalistes français, y compris pour des motifs farfelus, comme c’est le cas au Niger ou en Côte d’Ivoire, d’être capables, pour la première fois dans l’histoire, de juger des indélicats qui se revendiquent et qu’il revendique français. Les Français ne sont plus des dieux en Afrique, vive la France ! Les Français sont désormais soumis aux mêmes lois, que celles-ci soient justes ou bizarres. Et je dis qu’un individu qui a permis, à lui tout seul, ce revirement radical, mérite notre respect.

C’est aussi la lecture que je fais de son discours devant le parlement du Cap. Il a laissé entendre qu’il comprend enfin la douloureuse relation empreinte de passion et d’intérêts sordides qui a toujours lié la France à l’Afrique. Et il a proposé de changer ce genre de relations. On ne sait pas trop comment, mais il l’a proposé. Et il a dit que les misérables ne l’intéressaient pas particulièrement et qu’il préférait traiter avec ceux qui travaillent et qui sont riches parce qu’il travaillent. Le ton est bien clair. L’Afrique intéresse Sarkozy par ce qu’elle peut apporter à la France, à toute la France, et non plus seulement à quelques indélicats réfugiés dans les réseaux traditionnels qui avaient déjà pris un coup sous le Premier ministre Lionel Jospin, mais qui résistent, calculent, se débattent.

Le seul problème, c’est que les Africains de Sarkozy se réduisent à une classe politique généralement illégitime qui s’inquièterait, à l’en croire, de l’indifférence de la France, et à une société civile, elle-même porte-flambeau de ce réseau de coopérants mafieux et douteux, assujettie à des subventions dont celui-ci décide généralement de l’attribution parmi les plus cancres, les plus paresseux, les plus perroquets, les moins efficaces, en tout cas, les moins dignes.

Si bien que si Monsieur Sarkozy veut changer la France Afrique, c’est du côté des institutions françaises qu’il devrait se pencher. Si Monsieur Sarkozy veut réellement contribuer au développement du continent africain, contre la corruption et la pauvreté, contribution qu’il ne me souvienne pas avoir déjà entendu les Africains appeler, sa seule bataille à mener, c’est sur l’homme français des institutions, c’est sur les réseaux souterrains français, seuls bénéficiaires de la situation. Je veux dire en somme que la France Afrique, telle qu’elle se présente actuellement ou telle que Monsieur Sarkozy voudrait qu’elle advienne, ce n’est pas l’affaire des Africains, c’est l’affaire de Monsieur Sarkozy et de ses coopérants. Mais après tout, un discours ne vaut que par la personnalité de celui qui le prononce.

 

Camille Amouro