La Lettre des diasporas

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Le Sahel

 

Les deux États du Sahel qui sont, pour le moment impliqués dans Caravansérail sont le Niger et le Burkina Faso. L'évolution de l'empire sonraï d'une part, des royaumes mossi, de l'autre, a abouti à des installations de peuples, dans la région tropicale sèche de l'Afrique occidentale. Comme ailleurs, la colonisation française a engendré un nivellement par le bas et un chamboulement des civilisations par un découpage fantaisiste des frontières, une centralisation de l'administration des diversités, l'intégration du Français comme langue officielle, le pillage de l'uranium nigérien et de l'or burkinabé.

 

Il est intéressant cependant qu'une des rares frontières naturelles d'Afrique est le fleuve Niger, qui sépare l'État du Bénin. Naturelle? C'est une façon de parler. Ces critères, il faut le reconnaître, sont étrangers à nos peuples, car le Dendi, le pays qui abrite les vestiges de l'empire sonraï, s'étend jusque dans le Borgou de l'actuel Bénin et Nigeria et dans les forêts à proximité de la Chaîne de l'Atakora, entre le Togo et le Bénin. Et puis, il y a l'île de Leté, ce petit territoire sur le fleuve Niger que le Bénin et le Niger se dispute depuis les fameuses indépendances de 1960 et que la Cour internationale de justice vient d'attribuer au Niger.

 

C'est en effet, dans le troisième trimestre de 1960 que la France a abandonné ces territoires conquis près d'un siècle plus tôt. Contraints par les échecs en Orient, les activistes français avaient décidé de lâcher l'Asie et de garder l'Afrique. Or, au Nord de ce continent, les velléités d'autonomie exprimées dans le Maghreb s'étaient généralisées et des guerres d'indépendances éclatèrent au Maroc, en Algérie, en Tunisie. La France qui avait utilisé des Nègres appelés "Tirailleurs sénégalais" au premier front dans les deux guerres qui ont ébranlé son existence, et qui n'avait pas tenu la promesse de leur accorder l'indépendance une fois la guerre terminée et qui, mieux, a commis les massacres de Tiaroye sur ces tirailleurs, ne pouvait plus compter sur une mobilisation générale des Africains. Il est vrai que dans les troupes qui ont combattu en Algérie et en Indochine, il y avait également des Africains enrôlés dans l'armée française. Mais la peur que la grogne se généralise et la faiblesse de l'armée française qui devait faire face à la fois à plusieurs foyers incandescents sans trop pouvoir compter sur l'Afrique (la Guinée le lui avait fait comprendre deux ans plus tôt) poussèrent le grand stratège qu'était le Général Charles de Gaule à effectuer une tournée sur le continent où,  juillet - août 1960, il distribue à tous les États un nouveau statut appelé "indépendance".

 

Ces États qui n'étaient pas préparés à ce subit changement de statut ont désormais à faire face à une nouvelle donne géopolitique. Leurs dirigeants ont la lourde tâche, à la fois de construire des nations avec des portions de peuples épars et de sauver leur tête dans cette cacophonie où la présence française n'a jamais été plus effective.

 

C'est dans ce contexte que le Niger et le Burkina Faso ont suivi des chemins légèrement différents pour gérer leurs nouveaux États, tant bien que mal. Le Burkina Faso qui était appelé Haute Volta a connu son héros, Thomas Sankara. Il est désormais un grand centre d'intérêt pour le public français. Le Niger aussi a vécu des drames sans qu'un héros s'y dégage. Partagé entre une rébellion touareg constante et une crise économique à rebondissement, il ne manque pas d'intérêt pour les amoureux du désert. Et celui-ci est très vaste dans ce pays. Mais les peuples de ces deux États ont aussi leurs intérêts qu'ils sauvegardent, bon an mal an à travers une richesse nomade et des structures et événements culturels d'envergures locales ou internationales.